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[Image du produit] 19th Century Britain, Home Affairs, Key Documents, 1815-1901
Claire Charlot
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La période 1815-1901 marque un tournant décisif dans l’histoire du Royaume-Uni. Elle voit s’installer définitivement un nouveau système économique de production, l’usine et se développer le monde citadin aux dépens du monde rural ; elle symbolise la naissance d’une puissance économique qui connaît son apogée en 1851, lors de la grande exposition universelle, mais amorce également un lent déclin en fin de siècle ; elle voit se poser les jalons de la démocratie moderne (élargissement du droit de vote, naissance des partis modernes, début des revendications féministes, etc.)  ; elle assiste à la montée d’une nouvelle classe sociale – la classe moyenne – qui supplantera bientôt le pouvoir de l’aristocratie et voit s’organiser les ouvriers (naissance des syndicats, grèves, etc.)  ; elle est enfin le témoin de changements majeurs dans les conditions de vie et de travail des Britanniques.

La période est extrêmement riche mais garde une unité. 1815 marque la fin des Guerres napoléoniennes et le lent redressement économique du Royaume-Uni. Jusque dans les années quarante, le pays sera politiquement difficile à gérer. Les Britanniques sont sortis victorieux des guerres mais les problèmes internes qui en découlent sont multiples : la dette grève les finances publiques, l’agriculture est surexploitée, le chômage suite à la démobilisation des soldats est partout, etc. La répression semble être la seule réponse politique face à une situation que l’Establishment ne comprend pas toujours – suspension de l’Habeas Corpus, ripostes sanglantes de la garde lors de rassemblements pacifiques (dont l’exemple le plus célèbre est Peterloo en 1819). Les milieux dirigeants ont peur d’une révolution à la française, d’autant que leurs voisins d’outre-Manche ne semblent pas en avoir fini avec ces mouvements révolutionnaires. La transition d’un système économique de production artisanale à un système économique de production de masse se fait parfois difficilement et les campagnes connaissent soulèvements et émeutes, accompagnés de la destruction des « machines » qui, peu à peu, remplacent l’homme. Déjà, le pays se dote d’infrastructures modernes efficaces, notamment sous l’impulsion de Robert Peel – modernisation du système pénal, création d’une police à Londres, développement du système bancaire, élargissement des droits civiques aux non-conformistes et aux catholiques dans les limites de la loi électorale telle qu’elle existe déjà pour les anglicans. Les conditions de travail vont, les premières, faire l’objet d’enquêtes et aboutir, pour les filatures de coton à la première grande loi (rendue plus efficace grâce à la nomination d’inspecteurs) régulant le travail des femmes et des enfants, en 1833. D’autres réformes suivront de 1833 jusqu’aux années 80, améliorant les conditions de travail dans tous les types d’établissements et tous les secteurs. De nombreux philanthropes s’intéressent de près aux conditions de vie désastreuses que connaissent alors les ouvriers. Dès les années 40, de nombreux rapports officiels sont publiés et font l’objet de réformes par le biais du législateur. L’esprit utilitariste domine sous l’influence d’Edwin Chadwick et des lois comme la Poor Law Amendment Act de 1834 en portent la marque plus ou moins heureuse. Déjà l’Irlande grogne sous le joug britannique (depuis l’union des pays en 1800).

La première moitié du siècle est dominée par trois grands mouvements : le mouvement pour l’élargissement du droit de vote (parliamentary reform) qui prend fin en 1832 (Reform Act), le mouvement pour l’abrogation des lois céréalières (the repeal of the Corn Laws) qui sonne le glas de la toute-puissance politique des propriétaires terriens et le mouvement pour l’amélioration des conditions de travail en usine (factory movement) qui va occuper activement philanthropes et radicaux jusque dans les années 50 et donner lieu à une législation abondante dans ce domaine. Le moteur politique de ces mouvements vient des villes du Nord, en particulier Manchester, et des Midlands avec Birmingham, là où la révolution industrielle bat son plein. L’adoption du libre-échange économique témoigne de la puissance économique commerçante et industrielle des classes moyennes urbaines.

Cette montée des classes moyennes va leur permettre d’être à l’origine de ce que l’on appelle encore aujourd’hui les « valeurs victoriennes ». C’est pour les classes moyennes que l’on écrit des livres sur le savoir-vivre. En essayant d’éduquer les ouvriers qualifiés, les auteurs véhiculent des valeurs qui leur sont propres et qu’ils érigent en exemple. Samuel Smiles en est l’exemple le plus frappant, qui décrit ce qu’est un gentleman et donne un véritable art de vivre façon classe moyenne. Cette deuxième période, de 1851 à 1901 voit l’organisation d’une nouvelle force politique, les ouvriers. D’abord organisés en syndicats « modèles », ils vont faire campagne pour obtenir le droit de vote. Les mentalités ont changé mais l’adoption du projet de loi électorale de 1867 est tout aussi difficile que celle de 1832 et se heurte à une fin de non-recevoir chez de nombreux parlementaires. Une fois encore les forces politiques connaissent des dissensions internes. La loi qui sera passée marque un tournant décisif dans l’organisation des forces politiques du pays. C’est la naissance du Parti libéral et du Parti conservateur modernes. La masse des électeurs potentiels qui s’offrent désormais aux forces politiques les oblige à s’organiser pour mieux la capter. Dans un pays prospère, les conditions de vie s’améliorent notablement sous l’impulsion de deux Chanceliers de l’Échiquier puis Premiers ministres – William Gladstone et Benjamin Disraeli. Pourtant le monde agricole connaît un déclin de plus en plus visible et dès les années 1870 le commerce extérieur s’affaiblit. Les exportations de services masqueront un temps les déficits causés par l’absence de modernisation des équipements britanniques et la concurrence d’économies voisines – Allemagne, France, États-Unis, tous pays que le Royaume-Uni a aidés dans leur industrialisation. On vit mieux dans la seconde moitié du siècle mais il y a encore de nombreuses poches de pauvreté et les illustrations de Gustave Doré à Londres en sont la preuve vivante. La seconde moitié du siècle se situe donc nettement dans le prolongement de la première, politiquement, socialement et économiquement. La mort de la Reine, en 1901, marque la fin d’une époque qui a vu l’apogée d’une grande nation industrielle.

Nous avons essayé, dans ce recueil de documents, de donner une vue d’ensemble de la période que nous venons de décrire brièvement. Il était impossible d’être exhaustif dans les limites de notre épure et force a été de choisir des textes clefs pour bien saisir l’évolution des mentalités. Il est donc bien évident que tous les sujets n’ont pu être abordés.

Tous les documents utilisés, qu’il s’agisse de textes, de statistiques ou d’iconographies, sont des sources primaires de l’époque. Afin de ne pas briser, de façon incongrue, une argumentation ou un développement, nous avons pris le parti de ne pas tronquer les documents proposés. La loi de 1833 sur le travail en usine étant trop longue pour être reproduite in extenso, nous avons sélectionné un certain nombre d’articles clefs mais qui, tous, ont été reproduits dans leur intégralité.

L’organisation a été délicate car plusieurs possibilités s’offraient à nous – organisation purement chronologique ; purement thématique, etc. Nous avons opté pour une organisation chronologique à l’intérieur d’une thématique donnée. Il nous a semblé que les trois pôles structurants étaient le social, le politique et l’économique. Le mouvement d’élargissement des droits civiques tient une grande place au sein de ce recueil. La raison en est que les différents mouvements – des classes moyennes supérieures puis des ouvriers – se sont d’abord attachés à obtenir des droits civiques, afin de pouvoir conduire des politiques spécifiques dans le domaine social, politique ou économique. L’une des constantes des revendications politiques a été le respect du parlementarisme britannique. Tous les mouvements de réforme ont porté leurs pétitions et doléances au Parlement. Chacun s’est inscrit dans le cadre institutionnel de la Grande-Bretagne. Ce respect du droit a ainsi valu aux ouvriers qualifiés la reconnaissance publique, par Gladstone, en 1864, de leur aspiration légitime à voter en tant qu’hommes responsables. Nous fermons ce recueil sur des instruments de travail complémentaires – statistiques diverses, galerie de portraits et iconographies d’époque. Nous espérons que l’étude de ces divers documents donnera envie à leurs lecteurs de poursuivre plus avant l’exploration d’un siècle qui est essentiel pour la compréhension de l’époque contemporaine.

 

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© PLOTON-ÉDITEUR, date de dernière modification : 08/11/2002