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L’Education des filles aux Etats-Unis
Malie Montagutelli
2-7080-1041-7
2-84120-201-1
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Les grands moments de l’histoire des
femmes et du mouvement féministe aux Etats-Unis sont bien connus. On sait
comment elles se sont battues pour pouvoir sortir de la sphère domestique et pénétrer
dans le monde du travail, pour être reconnues par la société ; on sait
comment elles ont conquis le droit de vote en 1920 et comment, plus près de
nous, à partir de la fin des années 1960, elles se sont révoltées contre une
société qui restait fondamentalement
sexiste. On connaît aussi l’échec plusieurs fois essuyé par les
féministes américaines dans leur lutte pour obtenir un amendement à la
Constitution qui affirmerait l’égalité des droits des citoyens des deux
sexes dans la société américaine, projet d’amendement aujourd’hui
abandonné.
Les héroïnes de cette histoire-là ont désormais leur place dans la grande
histoire américaine. Judith Sargent Murray, Fanny Wright, les sœurs Grimke,
Lucretia Mott, Susan B. Anthony, Elizabeth Cady Stanton, Ernestine Rose, Betty
Friedan, Kate Millett et les autres, toutes ont acquis la célébrité.
En étudiant comment, au fil du temps,
les Américaines se sont approprié un territoire au sein d’une institution,
l’éducation scolaire,
à l’origine exclusivement masculine, il m’a semblé qu’il était possible
de montrer à la fois un processus historique, vaste et général, qui relève
de l’évolution des idées et des mentalités, et un ensemble de données
concrètes faisant partie d’un contexte spécifique, qui pouvait en quelque
sorte servir de vivante illustration à cette évolution. Le présent ouvrage
met en lumière le travail du temps ainsi que les luttes des femmes pour faire
admettre leur droit fondamental au savoir et au travail. Il décrit ces luttes
en donnant un aperçu des obstacles qui se sont dressés devant les pionnières
à chaque nouvelle avancée. Il m’est paru d’autant plus intéressant d’étudier
l’émancipation des femmes dans le contexte de l’enseignement que cette
profession a été la toute première à s’ouvrir à elles. C’est en effet
pour devenir institutrices que, par nécessité ou par désir d’émancipation,
elles ont pour la première fois quitté le foyer. Elles ont ainsi augmenté les
rangs d’une profession alors mal payée et mal considérée des hommes et de
la société en général. De cet humble départ, on appréciera le temps
qu’il leur a fallu pour parvenir aux plus hauts échelons de la profession. Le
chemin aura été long et l’on se demandera au terme de cette étude si elles
ont, aujourd’hui, effectivement atteint la parité avec leurs collègues
masculins. Dans tous les cas, elles ont, au cours des différentes générations,
fait preuve de courage, d’énergie, de ténacité et d’infiniment de détermination.
Si cette histoire est celle des
enseignantes, elle est aussi celle des élèves. Notre étude comprend donc deux
volets principaux : l’entrée des jeunes filles à l’école et celle
des femmes dans les carrières liées à l’école et à l’enseignement.
Chaque volet se termine par un état des lieux de la situation telle qu’elle
existe aujourd’hui.
Pour dresser la toile de fond sur
laquelle doit se dérouler notre étude, nous commençons par une courte présentation
de l’histoire générale des institutions scolaires et de l’éducation aux
Etats-Unis, suivie du portrait de l’école et du système scolaire tels que
ceux-ci fonctionnent de nos jours. Cet exposé préliminaire constitue, en
effet, le cadre référentiel indispensable pour mieux concevoir, à chaque époque
décisive, la place des jeunes filles en tant qu’élèves et le rôle des
femmes en tant qu’enseignantes. Nous terminons sur une étude de la situation
des enseignantes américaines comparée à celle que rencontrent leurs consœurs
dans d’autres pays du monde.
Pour comprendre comment les jeunes Américaines
ont été admises dans les institutions scolaires, il faut au préalable connaître
leur place et leur rôle, ainsi que celui de la femme, au sein de la famille et
de la société. La mise en place de la coéducation, qui témoigne d’une
volonté de donner aux filles la même éducation qu’aux garçons, et la féminisation
des métiers de l’enseignement sont évidemment deux processus étroitement liés
à la façon dont une société envisage les relations entre les sexes et dont
ces relations évoluent dans le temps. Dans la société des débuts de
l’histoire américaine, la scolarisation des filles commence souvent « en
cachette », puisque le savoir intellectuel est alors une affaire masculine ;
quant aux femmes, l’équilibre de la famille, unité fondamentale de la société,
repose sur leur double rôle de mères et de gardiennes du foyer, elles sont
donc totalement exclues de la société active. Mais les filles vont bientôt
avoir soif de savoir et les femmes vont être impatientes de participer
activement et directement à la vie de la nation. Ces dernières vont profiter
d’un moment où les hommes délaissent en nombre l’enseignement pour
s’engouffrer dans la brèche qui s’offre ainsi à elles ; puis elles
devront tenir bon, malgré des conditions de travail difficiles et des
administrations scolaires qui les exploiteront pendant de longues années.
Nous souhaitons souligner que si nous ne
traitons pas de la situation des élèves et des enseignantes appartenant aux
différentes minorités ethniques et raciales, c’est parce qu’un tel travail
constitue en soi un champ de recherches spécifique, trop vaste pour pouvoir être
inclus dans les limites relativement étroites de notre étude. Toutefois nous
aborderons ponctuellement le sujet des Afro-Américaines à des périodes
importantes de l’histoire.
Faire la synthèse
d’un sujet touchant à l’éducation aux Etats-Unis est une entreprise
difficile, car, au sein de ce système fédéral, les structures scolaires américaines
ne forment pas un tout cohérent et centralisé. Les systèmes scolaires sont
locaux ou régionaux ; il en est de même des réformes mises en place, par
conséquent, à aucun moment il n’est possible de donner une image qui
vaudrait pour l’ensemble du pays. L’évolution des systèmes et des
pratiques n’est pas, elle non plus, uniforme. Vouloir décrire « le système »
équivaut à décrire une mosaïque d’éléments distincts les uns des autres
d’où se dégagent
des tendances qui s’imposent, à un moment donné, assez largement au plan
national. D’autre part, lorsque l’on fait l’historique de l’institution,
on se heurte au fait que les structures, de même que les réformes importantes
qui ponctuent leur évolution, n’ont jamais été mises en place de façon
uniforme dans le pays. Par exemple, ce que l’on peut dire à propos des
institutrices de Boston, qui travaillent au sein d’un système déjà assez
bien structuré au milieu du xixe
siècle, ne s’applique pas, au même moment, aux institutrices du Midwest qui
enseignent dans des petites écoles isolées, à quelques enfants de pionniers ;
décrire l’entrée des femmes en nombre dans la profession comme le principal
agent de l’expansion des common
schools à partir de 1830-1840 est vrai en ce qui concerne la
Nouvelle-Angleterre, mais ne l’est pas des écoles du Sud à la même époque.
On pourrait multiplier ainsi les exemples à l’infini. De la même façon, au xixe
siècle, la société du Nord-Est, établie de longue date, est une société
beaucoup plus attachée à ses traditions que ne l’est la société qui est
tout juste en train de se former dans l’Ouest. En conséquence, elles
assignent, l’une et l’autre, à la femme des responsabilités et des rôles
différents, ce qui a nécessairement des retombées sur le rôle et la place
des femmes et des jeunes filles à l’école.
Enfin, les chiffres dont dispose le
chercheur ne sont pas, jusque vers 1910, suffisamment fiables pour être considérés
comme autre chose que des approximations. En outre, lorsqu’il est question de
taux moyens s’appliquant à l’ensemble du pays, concernant par exemple
l’emploi ou les salaires, ceux-ci ne peuvent être, au mieux, que des
indications de tendances générales, car il ne faut pas oublier qu’il existe
aussi de très larges écarts dans la forme et le niveau de développement dans
tous les secteurs de l’économie entre les différentes régions des
Etats-Unis.
Cependant, malgré l’absence
d’uniformité qui, comme on l’aura compris, rend l’entreprise quelque peu
hasardeuse, il reste que ce travail de recherche permet de dessiner une fresque
retraçant l’une des facettes les plus importantes et intéressantes de
l’histoire des femmes, de celles qui, génération après génération, se
sont battues pour obtenir le droit au savoir et qui ont été les participantes
actives au développement des institutions scolaires américaines. Ajoutons pour
finir que cet ouvrage a été conçu comme une histoire vivante. C’est un
assemblage dans lequel, à chaque instant, la parole est donnée directement aux
protagonistes de cette histoire afin de placer le lecteur en contact avec une
mentalité, afin de recréer une ambiance ou restituer le ton authentique
d’une polémique.
Ainsi que nous l’allons le voir,
l’histoire des femmes dans l’éducation américaine, c’est bien sûr
l’histoire d’une lutte, mais c’est aussi celle d’une inertie de la part
du système établi, d’une évolution dans la continuité, qui s’est, la
plupart du temps, effectuée sans heurt et, pour ainsi dire toujours, de façon
opportuniste.
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