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Médias, société et
culture aux Etats-Unis
Daniel Royot, Susan Ruel
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Si le développement de l’information de l’imprimerie
de Gutenberg à Fleet Street, Mecque de la presse britannique, coïncide avec
l’expansion des colonies de la Couronne en Amérique du Nord, la presse des États-Unis
a ensuite accompagné la quête d’identité d’un pays dont l’opinion
publique, émancipée après son indépendance, trouvait dans ses journaux le
reflet fidèle de ses mutations. Cette même presse connaît sans doute
aujourd’hui la phase la plus controversée de son histoire. Maints
nostalgiques du temps passé déplorent que le racolage et la démagogie fassent
désormais partie de la stratégie de groupes menacés de disparition, donnant
en cette fin de siècle une image fort dégradée de la presse écrite et du
paysage audiovisuel. Les sondages d’opinion et des livres retentissants, tels
que Media Circus de Howard Kurtz, journaliste au Washington Post,
démontrent que le « quatrième pouvoir » n’a jamais été aussi
bas dans l’estime du public américain. Après les jours de gloire de
l’affaire du Watergate qui en 1974, valurent à deux reporters du Washington
Post une réputation mondiale et précipita la chute du président Richard
Nixon, les médias ont souvent vécu dans l’opprobre. Cette situation ne date
pourtant pas d’hier, comme on pourrait le faire accroire. Depuis ses débuts,
la profession de journaliste a subi de manière chronique le mépris de beaucoup
de milieux, fussent-ils politiques, économiques ou culturels.
Les libertés garanties par le Premier Amendement de la Constitution sont
cependant un bien trop précieux pour qu’il soit durablement perverti. Aussi
convient-il d’inscrire les médias américains dans un long processus avant de
porter des jugements sur leur rôle, qu’il soit traditionnel ou conjoncturel.
Confrontés aux défis des autoroutes de l’information à l’orée du troisième
millénaire, ils s’inscrivent dans une évolution que révèlent leurs
changements structurels au fil de l’histoire. Presse, radio et télévision
non seulement reflètent ou interprètent les aspects multiformes de la société
américaine, mais forgent des valeurs et assument des fonctions parfois contestées
qui imposent des modèles à travers le monde. De la page imprimée au petit écran,
de l’opinion publique aux personnages mythiques, les voix et les images de
l’Amérique sont ici analysées et évaluées au travers du discours médiatique.
Idéologie et éthique, politique et esthétique entrent ainsi dans cette
approche du « village planétaire ».
Les médias correspondent aux objectifs contradictoires que s’assigne la démocratie
américaine. S’expriment ainsi des tendances majeures. Le soutien au système
politique, économique et juridique en place exige de participer de près ou de
loin à l’effort de consensus. L’authenticité de l’information entre
aussi dans la déontologie de la presse, quelle que soit la tentation du scoop
pour attirer les lecteurs. L’attachement aux principes constitutionnels engage
tout autant à vérifier les applications de la liberté d’opinion. La
tradition du journalisme d’investigation fait à l’évidence partie du même
état d’esprit. Il reste que de nombreuses influences s’entrecroisent pour
compliquer cette problématique, ne serait-ce que les impératifs financiers et
la nécessité de fidéliser un lectorat coûte que coûte.
Deux remarques s’imposent d’emblée sur le concept même de « média »,
généralisé dans toutes les langues par l’universalisation des systèmes
d’information. À l’origine mass-media eut quelquefois une
connotation péjorative pour les observateurs attachés aux valeurs
intellectuelles de l’élite. La communication de masse a fait craindre en
effet le nivellement des cultures par la base. Il est symptomatique que le
premier terme ait disparu. Depuis les travaux de Marshall McLuhan, l’ambition
des institutions chargées de la communication s’est en quelque sorte ennoblie
au terme d’une évolution où « médiatique » a pu acquérir une
valeur positive, marquant l’influence et le prestige d’une industrie
culturelle.
Seconde remarque, qui – elle – suggère une attitude plus critique, « médias »
a une charge sémantique proche de « médiation » ou d’« intermédiaire ».
Or la fonction de transmission, voire de traduction ou de miroir, a souvent été
dénaturée par des médias devenus opaques et se donnant à voir plutôt que de
servir de relais. La télévision n’a pas la transparence d’une « fenêtre
ouverte sur le monde » comme le dit un cliché commode. L’objectif du
camescope qui approvisionne le tube cathodique exerce une fonction infiniment
plus complexe. Les implications du célèbre The medium is the message de
McLuhan méritent ainsi d’être approfondies à l’occasion de cette étude.
Dans le cadre de notre travail, nous avons privilégié la problématique et la
thématique auxquelles toute approche de la production médiatique américaine
est nécessairement confrontée. Au catalogue et aux classements systématiques,
nous avons préféré l’analyse discursive des phénomènes, en nous gardant
de sombrer dans des développements théoriques coupés du réel. Les
perspectives historiques ainsi envisagées trouvent une application dans
l’examen des questions actuelles et nous avons retenu de nos expériences
personnelles ce qui pouvait mettre le lecteur sur d’autres pistes de son
choix. La dimension de ce volume nous a conduit enfin à des choix évidemment
draconiens que justifie dans notre esprit une réflexion essentielle.
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