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Les relations anglo-américaines de 1945 à 1990 :
un
e « Special Relationship » ?
Michael Parsons
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Dans de multiples domaines les relations anglo-américaines demeurent encore aujourd’hui très étroites, et si l’expression special relationship est souvent considérée comme une « tarte à la crème » qu’il vaut mieux éviter, ce n’est pas tant parce que son existence soit mise en doute, que parce que, du côté britannique en tout cas, elle peut parfois être surexploitée. Pour cette raison, et pour d’autres encore, elle peut paraître galvaudée. Clinton, semble-t-il, trouva l’expression plutôt amusante au début, ce qui ne veut pas dire qu’il ne fut pas attaché à la réalité de l’association anglo-américaine. Un ancien ambassadeur des Etats-Unis à Londres, Raymond Seitz, a décrit une conversation entre le président Clinton et ses conseillers, quelques instants avant l’arrivée de John Major dans le bureau ovale en 1993. L’un de ces conseillers lui dit, sur le ton de la plaisanterie « Et n’oubliez pas de dire ‘special relationship’ dès que la presse sera là ». Selon Raymond Seitz, la boutade fut prononcée de la même façon qu’on dirait, « n’oublie pas de sortir le chat ». Clinton répondit, en riant à gorge déployée, « Ah oui, comment aurais-je pu oublier ! La special relationship ! ».

Pourtant, Clinton en vint assez rapidement, et surtout à partir de 1997 avec l’élection de Tony Blair, à prendre beaucoup plus au sérieux les relations anglo-américaines. Il s’agit désormais d’une relation qui connaît ses limites. Elle s’appuie sur des valeurs partagées, mais se présente comme beaucoup moins exclusive qu’autrefois, la participation britannique à l’Europe étant désormais assurée, à défaut d’être totale. Si le Royaume-Uni décide d’entrer dans l’Euro, un pan entier des domaines de collaboration anglo-américaine changerait assez radicalement de nature. C’est surtout la convergence d’une certaine philosophie de la politique qui donne encore une certaine vie à l’idée de la special relationship. Aujourd’hui, avec le partenariat entre George W. Bush et Blair, on pourrait presque souhaiter que le Premier ministre prenne davantage ses distances, mais ça, c’est une autre histoire.

La special relationship a beau être dissymétrique, elle demeure une réalité, même si cette réalité n’a jamais véritablement atteint le mythe proposé par Churchill d’une association presque mystique entre les deux peuples. Les relations ne sont pas privilégiées, mais elles restent particulières dans bien des domaines. La special relationship est complexe, souvent discrète, parfois dissimulée ; elle connaît des hauts et des bas, mais, pour l’instant, contrairement à toutes les attentes, elle semble se maintenir aujourd’hui, plus de cinquante-cinq ans après le discours de Fulton, Missouri.


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© PLOTON-ÉDITEUR, date de dernière modification : 08/11/2002